Yvon Deschamps, Robert Batailly et l’architecte Didier-Noël Petit aux vœux du maire de Lyon, le 7 janvier 2013 – Photo © Fabrice Schiff

 Par Alain Vollerin

Le monde des architectes, des urbanistes, des promoteurs, des hommes politiques, est en deuil. Didier-Noël Petit (1941-2013) est mort après une longue maladie, le cancer, contre lequel il lutta avec l’énergie, sans limite qu’il déploya à tous les instants de sa vie, privée et professionnelle.

Je l’avais rencontré régulièrement, lorsque j’écrivais mon Histoire de l’Architecture et de l’Urbanisme à Lyon, entre 1998 et 1999. Au moment de l’inauguration de la maison de Christian Drevet, j’avais apprécié pendant la fête, tout l’éclat d’un esprit totalement non-conformiste. Je l’ai vu pour la dernière fois, pendant l’épouvantable dispersion de l’atelier de notre ami le peintre Jean Janoir. Il était là, très ému, achetant pour témoigner de la haute valeur d’une œuvre injustement traitée, en compagnie d’un de ses plus anciens compagnons, l’architecte et historien Jacques Rey. L’architecture à Lyon est souvent soumise à la transmission familiale. On est souvent « archi » de père en fils. Lui aussi, fils de bâtisseur, Didier-Noël Petit ne voulait pas se soumette à la loi des héritiers et des prétendants, au principe ambiant dans ce domaine « attendre au lieu d’apprendre ». Déjà « rebelle », il voulait imprimer un style, une marque.

Sa profonde obsession fut l’édification d’une tour. Il y avait déjà, celle d’Aldo Cossuta, à la Part-Dieu. Il voulait en construire une autre qui puisse rivaliser en élégance. Pendant une visite dans son atelier de la rue Duquesne, dans ce magnifique immeuble aux rondeurs des années 1900, il me présenta avec enthousiasme son projet, tout en maugréant, contre l’incapacité des politiques à prendre de rapides et efficaces décisions. Ce filiforme objet « design » que Didier-Noël Petit voulait lancer vers le ciel, ne fut jamais réalisé. Didier-Noël Petit en gardait des regrets immenses. Mieux, lorsqu’il fut question de la Tour Oxygène, les élus socialistes Jean-Jack Queyranne et Gérard Collomb nommèrent un autre lauréat. Didier-Noël Petit en fut meurtri, à jamais. Sa colère était immense contre les décideurs. Il n’hésitait pas, dès qu’il le pouvait, à dénoncer un système et ses fonctionnements secrets. Oui ! Didier Noël Petit était un révolté. Toute sa vie, il travailla sans relâche, sans faiblesse, ni pour lui, ni pour son entourage.

Le hasard a voulu, comme le fit remarquer pendant la cérémonie des funérailles à la Rédemption, l’adjoint à l’urbanisme claudiquant Gilles Buna, que l’inauguration de l’avenue de Birmingham, aurait lieu le soir-même des obsèques de celui qui en avait dessiné les plans. Car Didier-Noël Petit était aussi un urbaniste, comme le démontre, l’exemplaire pôle multimodal de Vaise. Didier-Noël Petit était en charge d’autres projets qu’il continuait à dessiner, quelques jours avant son décès. Son fils David lui a rendu un très émouvant hommage, comme son frère Yves Petit, ses amis Vahé Muradian, Georges Vauzeilles, et le père Bernard Devert qui témoigna dans son homélie des liens solides qui les unissaient dans la même foi en Dieu et en l’église. Pendant cette longue célébration, tout avait commencé avec Chet Baker, et s’acheva avec la prémonitoire chanson de Léo Ferré : « Avec le Temps ». L’auditoire se recueillit pendant la messe des morts enregistrée par les moines de Solesmes, l’épître selon Saint-Jean, l’évangile selon Saint-Luc, la prière universelle, l’Alléluia de Taizé, le Magnificat, etc.

Dans la foule, on reconnaissait Gabriel Roche, Albert Constantin, Jacques Rey, Robert Batailly, Frédéric Rageot, Michel Idé, Henri Chabert, Guy Vendéraa, Michel Poncet, Gilles Perraudin, Richard Plottier, Benoit Tracol, René Gimbert, Gérard Perraudin, Jean-Charles Demichel, Jacques Vergely, Madame Charles Delfante, etc… Parmi les absents remarqués le sénateur-maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb. Nous avons une pensée pour les collaborateurs de son atelier : Jacques Pellet, Gaëlle Baraque, Stéphanie Verlaine. Nous nous joignons à la peine de la famille de Didier-Noël Petit, et à celle de ses nombreux amis.