thierry_philip Vous avez aimé « la grande bouffe », vous allez adorer Thierry Philip. Le directeur du Centre anti-cancer Léon Bérard est un personnage truculent. Gourmand de la vie (à force de côtoyer la mort ?), ce mandarin ambitieux a pour objectif de ravir le 3ème à la Droite. Un challenge pas impossible s'il n'avait en face de lui Dominique Perben himself… Thierry Philip était accompagné pour cette interview par Arnaud Benhamou.

 

Pour démarrer, une petite bio express

Naissance : le 2 novembre 1949 à Boulogne sur Seine.

Parents : Père préfet de région et mère médecin.

Frères et sœurs : Oui, quatre. Christian l'aîné, Annick, directrice d'hôpital en retraite, Guy, journaliste et Martine, inspectrice de la jeunesse et des sports à Rennes.

Situation matrimoniale : marié, 4 enfants

Religion : Protestant pratiquant.

Carrière : Interne des hôpitaux de Lyon, Assistant au centre Léon Bérard, Chef de service à Lyon Bérard et Professeur de cancérologie, puis nommé le jour de ses 40 ans directeur de Lyon Bérard. Président de la Fédération Nationale des Centres de Lutte contre le Cancer

Politique : élu au Conseil régional en 2004

ISF : Oui

Franc-maçonnerie : Non

 

Cancérologue réputé, vous vous êtes lancé en politique lors des dernières élections régionales de 2004…

Le 21 avril 2002, j'ai mis 5 secondes à comprendre que j'allais voter Chirac et 15 secondes pour me dire qu'il fallait faire quelque chose. J'avais toujours dit que je ferais de la politique si le Front National devenait un danger, et donc j'ai téléphoné le lendemain matin à mon député, Jean-Jack Queyranne, que je connaissais un peu. Mon député parce que j'habite à Bron. Et Jean-Jack Queyranne m'a demandé d'être le président de son comité de soutien. Au début ce n'était pas annoncé pour être très rigolo mais quand c'est Millon qui est arrivé en face, c'est devenu franchement intéressant compte tenu des raisons qui m'avaient fait m'engager en politique. Jean-Jack a gagné, on est restés amis, on a fait du vélo ensemble. Et puis, il m'a demandé une première fois pour la Région, j'ai dit « non », il m'a demandé une deuxième fois et j'ai dit « oui ». Je suis rentré comme société civile et essentiellement par amitié pour lui.

 

Pourquoi à gauche ? Pour vous démarquer de votre frère Christian ?

Non, car j'ai été membre du PS en 1974 jusqu'à l'élection de Mitterrand en 1981. Ça a toujours été mes convictions politiques. J'ai toujours voté à gauche. Les quelques exceptions sont des scrutins locaux où j'ai voté pour mon frère.

 

…ou plus prosaïquement parce qu'il y avait plus d'opportunités de ce côté-là de l'échiquier politique ?

Que certains disent ! Mais je suis le petit-fils d'André Philip, j'ai beaucoup discuté avec lui, mes références sont globalement le christianisme social, et ça ne me serait pas venu à l'idée d'aller ailleurs.

 

Vous avez donc vraiment le sentiment de marcher sur les pas de votre grand-père ?

Oui, tout à fait. Beaucoup plus que de mon père. Ça saute une génération (rires).

 

Vous avez accueilli Ségolène Royal au Centre Léon Bérard. Vous avait-elle promis un portefeuille ministériel en cas de victoire ?

Non. J'étais très flatté que les gens pensent que j'allais être ministre, mais personne ne m'a jamais rien promis.

 

Vous en rêviez, avouez-le !

Je ne dis pas que j'en rêvais, mais je dis que je pensais être prêt pour cette fonction-là dans le domaine de la santé.

 

Un professionnel de la santé fait-il un bon ministre de la santé ?

Ça dépend…. Je pense que la façon dont j'ai évolué peut être intéressante. J'ai soigné les malades toute ma vie, j'ai cru qu'il fallait se battre pour gagner 1% de survie dans tel ou tel truc. Plus je vieillis et plus je suis un adepte de la prévention, de la santé, plus je pense que la santé ce ne sont pas les soins, qu'il ne faut pas mélanger les deux… Je pense que j'ai une expérience de médecin et d'administratif… Même Jean-François Mattei n'a jamais dirigé une boîte de 1000 personnes, ni une fédération nationale…

 

Malheureusement pour vous, Ségo a pris une déculottée et vous devez repartir de zéro.

Quand on fait de la politique, il faut être prêt à perdre sinon il ne faut pas en faire.

 

D'où votre candidature à la mairie du 3ème, un tremplin en quelque sorte !

Oui, disons que c'est une opportunité. Moi j'ai 58 ans, vous savez, je ne vais pas commencer une carrière politique nationale maintenant donc je ne me fais pas des illusions démesurées.

 

Du moins, vous ne vous en faites plus ?

Je ne m'en fais plus. Du moment que la gauche n'a pas gagné, c'est clair ! (Rires)

 

Merci pour votre franchise !

Je ne m'en fais plus, donc à partir de là j'ai pas mal réfléchi, je suis donc vraiment tenté par un poste de maire d'arrondissement. Je suis donc candidat pour être maire du 3ème arrondissement. Il se trouve que tant qu'on n'a pas fait de la proximité, tant qu'on ne s'est pas coltiné les problèmes des gens de tous les jours, on n'a pas fait de politique vraiment.

 

On vous voit mal gérer des problèmes de stationnement ou de crottes de chiens…

Ça ne me fait absolument pas peur ! Vous savez, je suis pédiatre, alors les crottes, ça ne me fait vraiment pas peur ! (Rires) Je connais bien !

 

Je ne vous crois pas une seconde…

Et bien écoutez, je peux vous dire que c'est écrit, que c'est dit, et que je pense que dans le raisonnement que nous avons eu avec Gérard Collomb, Martine Roure, Jean-Michel Daclin, Nadjat,… l'une des discussions était de savoir qui de ces leaders voulait être maire du 3ème. Si la liste que je conduis pour Gérard Collomb est en tête dans la 3ème arrondissement, je serai maire de Lyon…

 

Lapsus révélateur ! (Rires)

Je serai maire du 3ème ! J'ai envie de faire de la proximité, ça me tente beaucoup plus qu'un poste d'adjoint à la mairie centrale.

 

Allez-vous faire appel à Ségolène Royal pour vous donner un coup de main ?

Ma réponse est non. Non, pour deux raisons… La première c'est qu'aujourd'hui en tant que membre du parti socialiste, je refuse de faire partie d'une écurie. J'en ai marre des écuries. Je veux travailler avec l'ensemble du parti socialiste. Je verrai ce qui se passera au congrès, je ferai comme tout le monde, je me déterminerai pour une motion, mais je pense que le parti socialiste est en train de mourir de ses histoires d'écuries. Moi je ne fais pas partie d'une écurie.

 

Pourtant vous faisiez partie de l'écurie royaliste… Vous avez tourné casaque ?

J'ai voté pour Ségolène Royal dans les élections du parti socialiste, je l'ai soutenue mais si DSK, pour qui je n'ai pas voté, avait été le candidat du PS je l'aurai soutenu avec la même énergie. J'ai fait 50 réunions dans la France entière sur la santé…

 

Pour rien ?

Non pas pour rien, pourquoi ? Ce n'est jamais pour rien.

 

Vous n'auriez pas préféré rester avec maman à la maison ?

Malheureusement maman n'est pas à la maison, j'ai une femme à la maison ! (Rires) Je veux donc être maire du 3ème, je m'engage par écrit devant les lecteurs du 3ème que je serai maire du 3ème si on gagne.

 

Vous menez campagne tambour battant, avec beaucoup de débauche, de poignées de mains, d'embrassades… Très bon sur la forme, mais peu de fond selon vos observateurs !

Qui sont ces observateurs ? Ça veut dire quoi de ne pas avoir de fond ?

 

Vous venez dans une réunion, mais vous restez 5 minutes, vous faites de présence, vous faites de l'effet. Vous en avez d'ailleurs la stature, la carrure mais y a-t-il du fond derrière tout ça, professeur ?

Je ne sais pas s'il y a du fond mais je sais déjà que ce que vous dites n'est pas vrai. Je ne reste jamais 5 minutes dans une réunion ! Je fais partie de ceux qui pensent que quand on prend le temps d'aller voir les gens, on passe le temps. Je pense que j'ai assez vu de gens qui ont échoué en politique pour avoir fait ça, pour ne pas faire pareil. Ce sont des observateurs mal intentionnés !

 

À qui pensez-vous par exemple ? A d'autres professeurs de médecine… (Rires)

Non, je ne citerai pas de nom, je ne balancerai pas ! Je pense à des gens qui signent leur parapheur pendant que vous venez les voir, qui ne répondent pas aux lettres que vous leur envoyez, et qui quand ils passent, eux passent 5 minutes… Je suis désolé, si vous prenez ce que j'ai fait aujourd'hui : j'ai passé 1h45 à déjeuner dans un foyer de personnes âgées, je suis passé à chaque table, j'ai pris mon temps, et je préfère faire ça que d'en faire 6 mais mal ! Vos observateurs ne sont pas les bons…

 

Comment se débrouille le jeune Benhamou avec les personnes âgées ?

Je ne sais, il n'était pas là aujourd'hui, mais il est très fort pour le porte-à-porte ! (Rires)

 

Il vendrait des frigos à des esquimaux !

Exactement ! Sérieusement, si on revient sur votre question du fond, je pense que ce sont des gens que le fond dérange… Premièrement, ça fait 18 ans que je dirige Léon Bérard, si je ne le dirigeais que sur la forme, à un moment que ça se saurait ! Moi j'ai pris ce machin à 40 millions d'euros de budget, aujourd'hui il y en a 100 ! Je l'ai pris avec 3000 malades par an et aujourd'hui il y en a 7000, etc… S'il n'y a pas de fond, les gens ne restent pas autour de vous.

 

Ça, que vous soyez très bon dans la « médecine business » personne ne le conteste !

Comment ça ?

 

Vous parlez chiffre, on a l'impression d'avoir un chef d'entreprise en face de nous…

Oui, je suis un chef d'entreprise, d'une entreprise de 1000 personnes avec 100 millions d'euros de budget. Heureusement que je suis un chef d'entreprise. Si Léon Bérard marche bien, c'est parce qu'il y a un chef d'entreprise.