01 Photos © Fabrice Schiff

 

Par Julien Smati

 

« La nuit lyonnaise est en danger et ce n'est pas un slogan » C'est en ces termes que Marco (Lyonpeople) a accueilli les professionnels de la nuit et les médias spécialisés, réunis par notre magazine mardi 5 janvier 2010 au Sofitel pour défendre leur profession. Des chefs d'entreprise excédés qui brandissent la menace d'une opération ville morte, s'ils ne sont pas entendus des pouvoirs publics.

 

02 La neige handicapant tout le département et l'horaire matinal n'ont pas dissuadé les intéressés de se rendre à cette réunion vitale pour leur avenir. Une union sacrée qui a rassemblé autour de la même table établissements de nuit mais aussi médias spécialisés et syndicats patronaux concurrents. Une première exceptionnelle « pour un milieu individualiste qui n'aime pas se fédérer » souligne Jean-Paul Donjon, patron du First Tendancy, qui précise ensuite que les établissements de nuit jouent souvent cavalier seul et se font sanctionner car ils ne savent pas se défendre. Thierry Fontaine, aux commandes du Loft Club et du Bloc, intervient en qualité de vice-président de l'Association des Exploitants de Dancings et Discothèques (A.F.E.D.D) pour présenter la nouvelle réglementation nationale applicable depuis fin décembre en matière d'horaires (7h du matin pour les discothèques). L'occasion de revenir sur le funeste projet concocté par les services du Préfet du Rhône Jacques Gérault. Les bars festifs fermeraient à 2h (au lieu de 3h) et les terrasses extérieures à 22h (au lieu de 1h). De nouveaux horaires en gestation qui ne cadrent pas avec l'activité réelle de la nuit lyonnaise, « les dernières heures d'ouverture étant les plus rentables » s'exclame Fabien Chalard, gérant du Comptoir de la Bourse et président Rhône-Alpes du SYNHORCAT. Ces réductions horaires et ces contraintes administratives pèsent sur une profession qui emploie plus de 3 000 personnes, renchérit Yann Feminier du MEDEF. Sans parler des pressions policières.

 

03 André Pila ajoute que la nuit lyonnaise doit utiliser tout son poids économique, fiscal et social avec l'appui du Medef, de la CGPME et des associations défendant la nuit pour lutter contre ces décisions destructrices d'emploi. « Les patrons de nuit sont perçus comme des bêtes noires et non comme des entrepreneurs qui investissent sur Lyon » s'attriste Wilfried Drevon du Baroc. Pierre Chambon (à KGB et Claks) s'indigne de l'accueil réservés aux professionnels de la nuit lors de la réunion du 14 octobre 2009 à l'Hôtel de ville initiée par Jean-Louis Touraine et tenue sans lui: « Nous n'avons même pas été écoutés ». L'image de la nuit est dévalorisée et jamais prise au sérieux. Ce jeu de cache-cache en période électorale doit cesser, « le maire de Lyon Gérard Collomb doit sortir du bois et affirmer sa position » poursuit Pierre. « Le riverain semble être le seul écouté dans cette affaire car c'est avant tout un électeur ! » lance Marc Chabert du First Tendancy, pour qui « on oublie vite les nuisances des soirées privées dans les appartements qui remplacent les sorties en club ». « Des nuisances plus importantes et difficilement contrôlables » confirme Aurélien Liveneau (La Voile, le République, le b).  Blandine Peillon de la CCI, ajoute qu'elle préfère que ses enfants sortent en établissements de nuit afin d'éviter les soirées privées où toutes sortes de « choses » circulent. « La vie nocturne professionnelle est malmenée depuis des années » rappelle Serge Di Folco, patron du Symbole, du Privilège et président de l'AFEDD. Les offices de tourisme trépignent même de voir leurs visiteurs partir faire la fête sur Paris ! Daniel Strazzeri de la CGPME confirme hélas la mauvaise réputation lyonnaise vue de l'étranger : peu d'hôtels et une vie nocturne insuffisante pour les voyageurs d'affaires et les organisateurs de séminaires qui choisissent Paris pour leurs sorties festives.

 

04 L'union s'articule donc sur la délicate question des horaires de fermeture, Dominique Lafoy qui connait bien le milieu le confirme, « la profession doit se rassembler et s'engager sous une bannière commune ». Marc Chabert indique que la Licence IV constitue le dénominateur commun de la nuit lyonnaise. Tous les participants s'accordent sur ce point et chacun assure un plein soutien à la future association « Sauvez la Nuit » regroupant les professionnels de la nuit, les syndicats patronaux et professionnels, ainsi que les médias solidaires. Après un tour de table, Dominique Lafoy est nommé président de l'association. Thierry Fontaine, désigné trésorier, précise que chaque membre doit en être l'ambassadeur et trouver de nouveaux membres. Sandrine Pouquine du Boudoir souhaite mettre en place une opération de grève baptisée « Ville Morte » au cours de laquelle tous les établissements licence IV fermeraient leurs portes l'espace d'une soirée à une date symbolique. Pierre Chambon poursuit l'idée en proposant que les grévistes se rassemblent derrière les grilles de la préfecture. Richart Tolly de la Cour des Grands, imagine plutôt une semaine festive à l'instar des nuits sonores pour redorer le blason de la nuit lyonnaise. L'association accueille en son sein l'UMIH, le SYNHORCAT, la CGPME, le MEDEF, la CCI ainsi que les médias spécialisés pour relayer les opérations de communication dont Richard Tolly aura la charge. Thierry Lahon (à KGB et Claks), souhaite une communication efficace de la nouvelle association avec une lettre ouverte au Préfet sans agressivité car la nuit reste incomprise des institutions à ce jour. Une matinée des plus constructives !

 

 

Association « Sauvez la Nuit »

 

Président : Dominique Lafoy

Trésorier : Thierry Fontaine

Secrétaire : Thierry Lahon (assisté de Yann Féminier)

 

Vice-président : Fabien Chalard au titre du SYNHORCAT

Vice-présidente : Blandine Peillon au titre de la CCI

Vice-président : Benoit Soury au titre du MEDEF

Vice-président : Daniel Strazzeri au titre de la CGPME

Vice-président : un représentant de l'UMIH (en cours de désignation)

Communication : Richart Tolly

Opération « Ville morte » : Sandrine Pouquine

 

 

Les intervenants
 
1  Thierry Fontaine, vice-président AFEDD – Le bloc et Loft club

Point sur la nouvelle réglementation : Fermeture possible à 7h et arrêt du service des consommations à 5h30. Les bars à ambiance musicale ne sont pas concernés. Une action de grève doit être suivie par tous pour être efficace. Impossible de lutter seul contre le Préfet, « l'ordre public » lui laisse de grandes marges de manœuvre. Chacun doit être ambassadeur de l'association.

 

3 Serge Di Folco, président AFEDD – Le Symbol et Le Privilège

 

La vie nocturne est malmenée depuis plusieurs années, les offices de tourisme font part de leur mécontentement en voyant les visiteurs aller faire la fête sur Paris.

 

6 Yann Feminier – MEDEF

 

Le MEDEF s'engage aux côtés de la nuit et de ses chefs d'entreprise, incompris des institutions (mairie-préfet-état) mais représentant 3 000 emplois sur Lyon. L'enjeu de l'emploi est primordial aujourd'hui.

 

 

12  Blandine Peillon – CCI

 

En tant que mère de famille, trouve peu rassurantes les soirées privées où circulent des substances illicites et dangereuses, les clubs apportent une plus grande sécurité à ce niveau. La CCI étant la maison commune de tous les entrepreneurs, elle est solidaire des acteurs de la nuit lyonnaise.  

 

 

10  Daniel Strazzeri – CGPME

  Lyon possède une mauvaise image à l'international : peu d'hôtels et une vie nocturne insuffisante. Les voyageurs d'affaires et les organisateurs de congrès préfèrent Paris ou Nice pour leurs sorties festives.

 

 

20 Wilfried Drevon Ballas – Le Baroc

 

 

Les patrons de nuit sont avant tout des chefs d'entreprises et des investisseurs lyonnais, ils ne doivent plus être perçus comme la bête noire de la société.

 

 

7   Marc Chabert – Le First

 

Regroupement des membres de l'association par le dénominateur commun de la nuit qu'est la licence IV pour un plus fort rassemblement.

Action : valorisation du métier auprès du grand public.

Constat : le riverain est le seul écouté dans les conflits. Les établissements permettent aux Lyonnais de faire la fête dans un lieu adéquat ce qui signifie moins de nuisances que les soirées privées en appartement, moins de stupéfiants que dans un cadre privé, plus de sécurité en cas d'accident. L'alcool vendu en club ne représente que 12% du marché.

 

 

4  Jean-Paul Donjon – L'ApériKlub

 

La profession est trop individualiste et ne sait pas encore se regrouper pour se défendre, il est alors facile de sanctionner les établissements qui, seuls, ne peuvent se défendre. Paradoxe de la sécurité au volant, le manque de transports en commun. Pendant l'attente = nuisances pour voisinages, incitation à utiliser la voiture dans des conditions dangereuses. Partisan de distribuer la lettre ouverte aux clients de tous les établissements.

 

 

15  Sandrine Pouquine – Le Boudoir

 

Suggère l'opération « Lyon Ville morte » à condition que toute la profession joue le jeu.

 

 

16  André Pila – Le Boudoir

 

La profession doit faire peser son poids économique, fiscal et social dans la question des horaires d'ouverture avec l'appui du Medef, de la CGPME et des associations de nuit (UMIH et AFED)

 

 

5  Pierre Chambon – à KGB

 

Se plaint du mauvais accueil réservé aux pros de la nuit et de l'absence de JL Touraine lors de la réunion du 14 octobre à l'hôtel de ville. Principal danger : la police peut trop facilement faire fermer un établissement. La profession est dévalorisée et non prise au sérieux. L'union devient indispensable pour se défendre. Un nouvel élan de la nuit est possible avec la création de cette association. Le maire doit clarifier sa position. Opération ville morte et rassemblement de tous les employés devant la préfecture = ampleur et visibilité

 

 

14 Thierry Lahon – à KGB

 

Rédaction d'une lettre ouverte sans agressivité au Préfet pour débloquer la situation et cosignée par tous les acteurs de la profession et les organismes partenaires (syndicat + presse). Urgence dictée par les élections, période favorable pour les changements.

 

 

9  Dominique Lafoy – Q Boat

 

Prône l'engagement et le rassemblement de la profession sous une bannière commune avec l'appui des syndicats professionnels et patronaux.

 

 

19 Aurélien Liveneau – La Voile et Le République

 

Les nuisances sont plus importantes dans les soirées privées organisées dans les appartements.

 

 

11  Richart Tolly – La Cour des grands

 

La nuit fait partie du rayonnement de Lyon à l'international.

Propose une « semaine festive » comme opération de promotion de la nuit lyonnaise et souligne l'importance des investissements des établissements à Lyon, le niveau est en hausse constante depuis 10 ans. Objectif : redorer le blason de la vie de nuit à Lyon.

 

 

2  Fabien Chalard – Le Comptoir de la Bourse

 

Rappelle l'engagement du SYNHORCAT dans la défense des intérêts de la profession et souligne que l'élargissement des horaires équivaut à une baisse des accidents de la route.

 

 

13 Philippe Perez – Radio Scoop

 

Le DG de la première radio musicale lyonnaise rappelle la forte mobilisation de l'opinion publique autour des radios libres et suggère une manifestation festive de sensibilisation.

 

 

21  Jean-François Savoye – NRJ

 

Les radios musicales du groupe NRJ, solidaires de la nuit lyonnaise, diffuseront sur leurs ondes la lettre ouverte début février.

 

 

22  Charles Couty – Hit & Sport

 

Souligne que la licence IV est une véritable épée de Damoclès au dessus de la tête des patrons d'établissements de nuit, une menace permanente.

 

 

23 Jérémy (Lyon Poche)

 

L'hebdomadaire des loisirs et spectacles, solidaire de la nuit lyonnaise.

 

 

24  Grégory Chaniol – Lyon Clubbing

 

Le mensuel est solidaire des entrepreneurs de la nuit et publiera la lettre ouverte au maire et au préfet, début février.

 

 

08 Daniel Garnier – Cabinet Hermès

 

On ne peut pas vouloir une ville vivante et brider la nuit de cette façon. La nouvelle association peut apporter un poids politique accompagné d'un vrai discours face aux autorités compétentes. L'union sacrée est indispensable avec l'aide des médias et des syndicats.