Photos © Fabrice Schiff

Par Benjamin Solly

Sur fond d’actualité brûlante, entre le renonciation de Benoit XVI et le mariage pour tous, l’archevêque de Lyon était l’invité du déjeuner du Club de la Presse mardi 12 février 2013.

Oui, Philippe Barbarin pourrait être le prochain pape. Le Primat des Gaules est éligible au ministère d’évêque de Rome, comme les 116 autres cardinaux-électeurs qui, réunis en conclave à partir du 1er mars prochain, désigneront par leur vote le prochain pape. La constitution apostolique, l’ »Universi dominici gregis », élargit d’ailleurs les termes d’éligibilité à tout homme catholique ordonné prêtre.

Mais l’archevêque de Lyon pense-t-il au ministère suprême en se rasant ? « Ma réponse tient en trois lettres, non », répond-il. Philippe Barbarin se trouvait lundi à l’Abbaye Saint-Pierre de Pradines lorsqu’il a appris la décision du souverain pontife. « Je prenais le petit déjeuner et évoquait avec ma tablée le sujet de la démission du pape. En revenant déjeuner à midi, je leur ai dit : ‘Vous avez entendu les nouvelles ?’ »

Une prémonition pas si surprenante. Dans son livre d’entretiens, « Lumières du Monde », publié en 2010, Benoit XVI évoquait déjà la possibilité pour un pape en exercice de démissionner. Il envisageait alors ce retrait pour lui-même. « Un acte de courage, de sagesse, de liberté et d’humilité » selon l’archevêque de Lyon.

Pour Barbarin, la succession sera difficile. « Il n’y a pas aujourd’hui de grands calibres comme les précédents papes. Jean-Paul II et Benoit XVI sont exceptionnels. » Une dizaine de « papabile » se détachent toutefois selon le Primat des Gaules. Et pas forcément des hommes jeunes. « Benoit XVI avait aussi été élu car l’Église sortait de 26 années de pontificat de Jean-Paul II », rappelle-t-il. Le cardinal Ratzinger aura tenu huit ans.

Les regards se tournent aujourd’hui du côté de l’Amérique du Sud ou de l’Afrique. « L’Église est prête à avoir un pape africain », croit fermement Barbarin. Mais ce dernier ne cherchera pas « à élire un noir parce qu’il est noir. » Seul un homme de grande foi obtiendra son suffrage. « C’est la seule chose qui compte pour moi », confie-t-il.
Parmi les prérogatives du futur dépositaire de l’Église catholique et romaine, Philippe Barbarin met au premier plan le réchauffement des relations avec le patriarche de Moscou et le dialogue avec l’Islam. Il fait de ce dernier point « un enjeu considérable pour le futur », pointant « l’incroyable attente spirituelle » des citoyens du monde. « Le XXI est siècle sera religieux ou ne sera pas », assurait déjà André Malraux en son temps.

Barbarin

« Beaucoup d’homosexuels construisent mieux que moi le royaume des cieux »

Interrogé sur l’actualité politique, en particulier sur le mariage pour tous – « je n’aime pas ce terme, il s’agit, comme précisé dans le projet de loi, du mariage entre deux personnes de même sexe », précise-t-il – Philippe Barbarin pose une question. « J’ai entendu Mme Taubira se réjouir d’un texte porteur ‘d’un changement de civilisation’, mais est-ce que j’attends de mon gouvernement qu’il nous fasse changer de civilisation ? » Et conseille à la ministre de la Justice et au gouvernement tout entier de se focaliser plutôt sur les problèmes d’emploi.

« L’Église catholique n’a aucune envie d’imposer mais ne veut pas se taire », glisse-t-il. Une méthode qu’il estime légitime en démocratie.

« Comment peut-on vouloir un projet de loi au nom de la sacro-sainte égalité ? Comment autoriser le droit à l’enfant pour deux femmes, alors que les hommes seront exclus du processus », s’interroge-t-il. Sans les nommer, Barbarin vient d’évoquer la PMA, qui pour lui débouchera mécaniquement sur l’ouverture aux mères porteuses. « Ma pensée est somme toute assez banale », se justifie-t-il. L’archevêque de Lyon n’évoque pas (à dessein ?) la solution que peut constituer l’adoption pour les personnes de même sexe, mues par le désir d’enfant.

Philippe Barbarin assure avoir « reçu de très beaux témoignages de personnes homosexuelles ». L’anecdote doit couper court à tout soupçon d’homophobie. « Michel-Ange, qui était homosexuel, a beaucoup plus construit le royaume des cieux que le pape de l’époque », décrit-il, à l’évocation du magistral ouvrage du maître des XVe et XVIe siècles, consacré au fait religieux. « Dans le diocèse de Lyon, il y a peut être beaucoup de personnes homosexuelles qui construisent mieux que moi le royaume des cieux », élargit-il.

Aucun doute, l’archevêque de Lyon restera mobilisé sur le sujet. S’il n’a pas d’avis sur un référendum pour trancher la question du mariage pour tous – « je ne suis pas un politique, je n’ai pas à juger de tel ou tel procédé » – il regardera d’un œil particulier, sans doute partisan, la manifestation des antis le 24 mars prochain à Paris. D’ici-là, les catholiques auront vraisemblablement un nouveau pape. En pleine période des Rameaux et sans doute épuisé après le conclave, il n’est pas certain que Philippe Barbarin y participe, comme cela fut le cas le 13 janvier dernier.