Par Morgan Couturier

Depuis la reformulation du Levothyrox, seul médicament susceptible de pallier aux insuffisances ou à l’absence de thyroïde, les cas d’effets indésirables ne cessent de se multiplier. Les plaintes contre Merck se succèdent du côté des patients, stars comme anonymes, alors que des réponses concrètes peinent à être apportées.

« C’est pour cela que j’ai mal à la tête, au dos et que je m’énerve si vite ! »  nous écrit Laurette. Un simple appel à témoins suffit à mesurer l’ampleur du problème. Depuis mardi, les témoignages n’ont de cesse d’affluer sur nos réseaux web et facebook. Avec le même raisonnement et la même inquiétude, la nouvelle formulation du Levothyrox entraîne une multitude d’effets indésirables, au grand regret des malades, contraints pour certains, à ingurgiter ce médicament depuis des années. Sans contreparties inopportunes. « Taux tsh pertubé et perte de poids soudaine, démangeaisons bras, jambes et cuir chevelu. Heureusement j’avais rdv avec mon spécialiste » témoigne Aline J.

Censée limiter la dégradation dans le temps du principe actif, la lévothyroxine, la nouvelle formule partait d’un bon sentiment. Malheureusement, le résultat est bien plus néfaste que bénéfique. Problèmes digestifs, insomnies, crampes, migraines, irritabilité, chute des cheveux, fatigue, les répercussions s’allongent au fil des semaines, sans qu’aucunes explications valables ne viennent apaiser les tensions. Depuis le 1er septembre, plus de 5000 déclarations d’effets indésirables ont été enregistrées, selon les aveux de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Les déclarations de la comédienne Anny Duperey et à moindre échelle, de Valérie Damidot qui ne dort plus depuis 4 mois ont récemment mis la lumière sur les conséquences d’un tel chambardement, alors que de nombreux témoignages anonymes restaient sans réponse jusqu’à présent. Le journaliste Olivier Mazerolle dénonce le silence des autorités.

L’anxiété a-t-elle son importance ?

Les premières informations restent néanmoins insuffisantes. « Il n’y a pas d’origines pharmaceutiques objectives », atteste Jérémie Aïm, médecin généraliste dans le 6e arrondissement de Lyon. Avant de détailler : « le principe actif n’a pas été changé ». Seuls les excipients ont été dénaturés. Le lactose, responsable « d’intolérance et de dégradation de la substance active », selon la société incriminée (le laboratoire Merck), a été remplacé par du mannitol et de l’acide citrique. « Ces excipients sont utilisés régulièrement », atteste Jérémie Aïm. On les retrouve ainsi dans les Humex état grippal ou encore le Xoolam, utilisé contre les remontées acides. Alors pourquoi de tels effets ? « La dose est très fine, affinée pour chaque patient », enchaîne-t-il. Le moindre dérèglement peut entraîner des conséquences fâcheuses. Une adaptation à ces nouveaux composants n’est pas à exclure. La piste de l’effet nocebo non plus.

« Ce n’est pas que psychologique comme on veut bien le faire croire. Épuisée depuis 2 mois après divers bilans en tous genres, je viens tout juste d’être informée de ce changement et de découvrir la cause de mon épuisement. Comme Anny, cafés et Guronsan me permettent de tenir une petite journée de travail mais la situation est loin de s’améliorer. On m’a en effet conseillé de m approvisionner à l’étranger, navrant ! » conteste Chrystelle S.

32 millions d’euros investis par le laboratoire

« Une personne prédisposée à l’anxiété sera plus facilement touchée, admet le médecin lyonnais. Les gens manquent de sources d’informations en période de crise. Il n’y a pas d’articles sérieux. Il faut informer, rentrer dans une explication objective. Mais dans cette affaire, personne ne ment, les plaintes sont liées à un élément physique. Il n’y a pas d’activistes anti laboratoires. Il faut lutter contre les théories du complot ». À plus forte raison dans ce cas de figure, où la demande d’une reformulation du médicament, est impactée à l’ANSM. Reste à savoir si les millions investis par le laboratoire (32 en 5 ans, ndlr) ne seront pas un frein à un hypothétique retour en arrière. Alors qu’aucun générique n’est vendu dans le commerce, une solution demeure indispensable, alors que l’ensemble des pays européens doit adopter ce médicament à compter de 2018. Dans ce sens, une pétition a été lancée récoltant à ce jour, plus de 155 000 signatures.