01 Le second tour se transformera-t-il en descente aux enfers ? Photos © Fabrice Schiff

 

Par Marc Polisson

 

Le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand, accompagné du ministre de l'Immigration Eric Besson, a appelé lundi à Lyon à la mobilisation pour permettre la victoire au 2ème tour de la tête de liste rhônalpine UMP-NC, Françoise Grossetête, arrivée dimanche en tête du scrutin. Mais n'est-il pas trop tard ?

 

02 Palais des Congrès, lundi 15 mars en début de soirée. La salle retenue pour ce grand meeting régional de l'entre-deux tours se remplit peu à peu. On ne les avait pas vus de toute la campagne, et voilà nos militants UMP sortis de leurs terriers rhônalpins. Sans doute le redoux aussi bien climatique que politique… On leur avait prédit une « tôle » et voilà leurs candidats en tête presque partout ! « Si je suis venu ici ce soir, ce n'est absolument pas le fait du hasard. Parce qu'ici en Rhône-Alpes, c'est un symbole qu'a concrétisé Françoise Grossetête: le symbole que rien n'est joué d'avance », s'est félicité Xavier Bertrand en fustigeant "les sondages" ayant donné le PS en tête devant l'UMP. « Ne vous y trompez pas, c'est une nouvelle campagne qui commence aujourd'hui », a ajouté devant près d'un millier de sympathisants le secrétaire général de l'UMP avant de les appeler à « se mobiliser ». Auparavant, Nora Berra avait chanté la même antienne, fustigeant « le syndicat des sortants occupé à se répartir les places éligibles, les vice-présidences et les voitures de fonction » (ce qui n'est pas très gentil de sa part, car elle a déjà la sienne).

 

03 Déchaînement de la sono à l'arrivée des ministres (ce qui permet de compenser avantageusement les voix des militants aphones). A Eric Besson de soulever les foules. Parfaitement à l'aise au milieu de ses nouveaux amis, on a du mal à croire qu'il était chez Jean-Jack Queyranne, il y a quelque temps encore. « Même à cette époque, je n'étais pas en phase avec lui », précise le ministre félon, « notamment sur la question du nucléaire. A ce sujet, et à cause des verts, Queyranne abdiquait avant même qu'ils n'éternuent. » Et l'ancien socialiste de frapper au portefeuille : « Si être citoyen, c'est payer des impôts, alors en Rhône-Alpes, on est + citoyen qu'ailleurs ! » ironisant sur le budget « pharaonique » consacré au nouveau siège de la Région. « Y a-t-il un SPA, ou une piste d'hélicoptère ? » fait-il mine de s'interroger avant de revendiquer haut et fort son débat sur l'identité nationale. Et concluant, sous les applaudissements, sur les problématiques de l'immigration. Surréaliste.

 

04 Certes Bernard Accoyer qui hérite du micro, n'a pas les talents de tribun de ses petits camarades. Mais le président savoyard de l'Assemblée Nationale sait s'y prendre pour faire briller les souliers vernis des ministres présents. Même ceux, un peu boueux de Michel Mercier, pas vraiment à son aise, au milieu des ennemis de François Bayrou. Une fois de plus, les tractations entre Europe Ecologie, le PS et l'extrême gauche mobilise sa rhétorique, « une lute des places » qui, si elle l'emportait, « serait incompatible avec le développement de notre industrie et du tourisme ». Quid des projets autoroutiers, du nucléaire, ou de la candidature d'Annecy pour les JO de 2018 dénoncée par les Verts et soutenue par le PS ? On sent que l'argument fait mouche, mais n'est-ce pas trop tard…

 

05 « Dans cette nouvelle campagne, je suis venu à votre rencontre pour vous dire que nous avons des atouts qu'aucun autre candidat n'a dans cette élection: c'est avant tout l'unité », enchaîne Xavier Bertrand. « Le Parti socialiste et les Verts sont en train de faire croire qu'après s'être battus, après s'être déchirés pendant cette campagne, ils vont être capables de se retrouver pour faire semblant », a-t-il dit. M. Bertrand s'en est pris aussi au bilan des régions socialistes pour qui il est « plus commode » de se « réfugier » dans « l'antisarkozysme, pour ne pas parler de ce qui a été leur action ». Dans un appel du pied, le secrétaire général de l'UMP a encore estimé que « personne n'était propriétaire de ses voix » et assuré « qu'un électeur d'Europe Ecologie n'avait pas envie d'être prisonnier de la gauche et de l'extrême gauche ». Au jeu des bons mots et des petites phrases, le bébé Sarko a une besace bien remplie : « Verts et PS déchirent leurs programmes pour échanger des places » ou encore à propos du nouvel hôtel de Région et de son coût qui, selon lui, devrait atteindre 200 millions d'euros : « On sait que la Région a la compétence en matière de train. Mais le train qui a le plus intéressé Monsieur Queyranne, c'est le train de vie de la Région. » Un bon mot qui ne peut faire oublier le train de retard pris par la Droite lors de cette campagne qu'elle a cru perdue d'avance…

 

06 Dimanche, Françoise Grossetête est arrivée en tête en Rhône-Alpes avec 26,39% devant la liste socialiste du président sortant de la région, Jean-Jack Queyranne (25,40%) et Europe Ecologie (17,83 %). (avec AFP)