francois_guy.jpg Par Alain Vollerin

…où il fit une remarquable carrière de photographe archiviste. Pendant plusieurs décennies, pas un document émanant de l’agence ne pouvait être imprimé sans la présence d’une vue de Lyon signée du géant François Guy.

Il a constitué avec beaucoup de modestie, une des plus foisonnante banque de données d’Europe, et même du monde. Y a-t-il un François Guy à New York ? Je l’ignore. Mais, Lyon peut s’honorer du travail de jovial bénédictin de François Guy. Plus de trente années d’événements urbanistiques sont ainsi à jamais préservées. Un regard unique qui réveille en nous des souvenirs, et donc des émotions. Les architectes locaux, très présents pendant la soirée de vernissage, se félicitent de cette complicité avec ce photographe à l’acuité surdimentionnée. Il a su traduire l’essentiel de leurs gestes plastiques. Mais, François Guy fut confronté aussi aux coups destructeurs des pelleteuses et autres engins qui jetèrent au sol des pans entiers de notre patrimoine. Vous le savez, à Lyon, on a beaucoup détruit. On a beaucoup trop reconstruit sans souci d’une logique claire, pas même celle de Charles Delfante qui a vu avant de disparaître récemment, démolir des franges complètes de cette Part-Dieu qui avait voulu suivre les indications de Le Corbusier. Louis Thomas, principal collaborateur de Tony Garnier, déplorait le mal fait par les promoteurs. Notre cité est enlaidie par une absence de vrais choix, totalement endémique dans notre cité. René Bornarel prétendait à juste titre qu’on ne faisait que du « mitage ». C’est-à-dire qu’on bouchait des trous. Pas très glorieux. Et que dire des délires à la Confluence de Gégé et de Quéqué ?

François Guy est aussi un esprit insolite qui recherche comme une sorte de Doisneau de l’architecture et de l’urbanisme des situations incongrues ou paradoxales. Son œil est arrêté par un postérieur féminin, un type avec une masse à la main sur un quai de gare, un autre employé de la Courly (à l’époque) couché sur quatre poubelles pour une miraculeuse sieste, etc… François Guy évoque notre passé : les charbonniers, la sortie des ouvriers par la porte B de l’usine Berliet à Vénissieux, si proche de cette image symbolique photographiée par les frères Lumière, une mémé pêchant à la ligne au bout d’un ponton, la pointeuse abandonnée, le Grand Bazar, l’usine Rivoire et Carret à Vaise, l’Eldorado dont la démolition fit longtemps débat. François Guy a préservé des images indispensables à la reconstitution de notre univers patrimonial, comme le comblement de la Gare d’eau de Vaise, si bien décrite par Jean Couty, Antoine Chartres, et les Nouveaux. Et ce message inscrit sur une porte de garage, aussi péremptoire qu’un discours de François Hollande : défense absolue de stationner, le jour, la nuit, la semaine, le dimanche. Au cas où on n’aurait pas compris. C’est merveilleux. François Guy surprend les visiteurs de cette exposition. On le savait rigoureux au travail, amateur d’humour et même de rigolades dans le privé. On ne savait pas qu’il pouvait dans ses photographies, dans cette œuvre, traduire une dérision proche de Raymond Devos, de Paul Léautaud ou de Robert Doisneau.

Jusqu’au 11 mai 2012 Agence d’Urbanisme 18, rue du Lac – Lyon 3 04 78 63 43 70