Photos © Fabrice Schiff

Par Baudouin Wisselmann

La statue de la place des Terreaux va connaitre un énième déplacement, en plusieurs morceaux cette fois, à l’occasion de sa prochaine rénovation. Nous avons visité ses entrailles.

Gérard Collomb s’est chargé de présenter l’ensemble du plan de rénovation de l’œuvre d’un autre frère, Frédéric-Auguste Bartholdi, qui n’est autre que l’auteur de la très symbolique « liberté éclairant le monde » dans la baie de New York. La statue de la place des Terreaux a un passé très singulier : elle fut d’abord lauréate d’une commande formulée par la municipalité de Bordeaux en 1857. Son auteur était encore un très jeune architecte, et son projet n’avait finalement pas été retenu en Gironde. 30 ans plus tard, ce sera une pièce phare de l’exposition universelle de Paris en 1889. C’est à cette occasion que son histoire croise celle de la ville de Lyon, en la personne du maire Antoine Gailleton qui en fait l’acquisition.

Prouesse artistique du fait de l’innovante technique du plomb martelé consistant à couvrir une couche de plâtre coulée sur une ossature intérieure en fonte et en bois, la crinoline, la statue avait aussi fait l’objet d’une innovation majeure, encore très peu répandue à l’époque, celle du circuit fermé, limitant considérablement la consommation d’eau. Son inauguration en 1892, ne se fera pas là où nous avons l’habitude de la voir, mais à l’extrémité ouest de la place face à l’Hôtel de Ville. Parfois interprétée comme la Marianne attelée aux 4 grands fleuves de France (les chevaux), ou comme la Garonne et ses 4 affluents, cette œuvre de 21 tonnes avait été déplacée sur des rails pendant les travaux de la place en 1992. Cette fois, sa rénovation exige un démontage et un nouveau périple vers l’atelier de restauration.

Fontaine Barthodi Lyon People 2L’ampleur exceptionnelle de cette rénovation (9 mètres d’envergure, 5 de haut, 15 de diamètre) est regardée en exemple dans le monde entier notamment par l’ICOMOS (organisation internationale non-gouvernementale qui œuvre pour la conservation de monuments et de sites dans le monde entier). Le démontage nécessaire et le grutage passent par une découpe fidèle à celle du montage de la statue, et chaque élément sera placé dans une cage protectrice construite sur mesure. Il s’agit de redonner forme aux parties qui se sont affaissées ou dont le plomb s’est ramolli, ce qui trahissait l’aspect initial de l’œuvre. Redonner également à la statue une couleur homogène, elle est par endroit rouillée et le revêtement souffre d’une forte corrosion. Revoir la crinoline dont la base est oxydée, boucher certains trous, remédier aux fissures, et procéder à un assainissement du bassin.

C’est un travail de longue haleine s’étalant sur 18 mois qui attend les restaurateurs (remontage attendu pour le printemps 2017). Ils sauront redonner à la statue sa vivacité d’alors, mais aussi une « meilleure résistance aux années par un renfort de la crinoline qui compensera les déformations » assure l’architecte Didier Repellin, maître d’œuvre du projet. Une palissade de travaux sera installée autour de la statue avec une fenêtre de vue qui laissera aux passants le loisir de suivre l’évolution des travaux dont la facture s’élève à 3,1 millions d’euros.

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