Aéroports de Lyon : Gérard Collomb fait les yeux doux aux investisseurs chinois, Philippe Grillot n’y croit pas  © DR

Par Benjamin Solly

De retour aux manettes consulaires, le président Philippe Grillot livre son analyse sur deux dossiers chauds : la cession de la participation de l’État dans la SA Aéroports de Lyon et sa succession à la tête de la CCI de Lyon.

L’Etat se désengage du capital d’Aéroports de Lyon
« Je pense que l’État ira au plus offrant », prévient Philippe Grillot. La loi Macron prévoit de céder les participations nationales dans des aéroports régionaux en 2015, dont Nice et Lyon. Objectif ? Renflouer les caisses. Comme à Nice, la répartition du capital de la SA Aéroports de Lyon fait la part belle à l’État (60%). Les acteurs locaux suivent avec la CCI de Lyon (25%), la Région Rhône-Alpes (5%), le Grand Lyon (5%) et Conseil général du Rhône (5%). Selon le sénateur-maire de Lyon Gérard Collomb, l’État ne céderait « que » 49,9% de ses parts dans la transaction. Sans minorité de blocage, les actionnaires locaux n’auront pas franchement leur mot à dire.

La (sur)valorisation d’Aéroports de Lyon
Difficile de se faire une idée précise de la valeur de la plateforme aéroportuaire lyonnaise. 2e aéroport régional de France (8,5 millions de passagers en 2013) derrière Nice (11,5 millions en 2013), Saint-Exupéry a généré 158 millions d’euros de chiffre d’affaires avec un excédent brut d’exploitation de 51 millions d’euros en 2013. La pose début décembre de la première pierre du nouveau Terminal 1 – dont Philippe Grillot a été exclu de la préséance –  vient renforcer la valeur de l’outil. Selon l’agence Reuters, Aéroports de Lyon pourrait ainsi être évalué à 1 milliard d’euros. « Si c’est le cas, il faut se poser une seule question. Les acteurs locaux doivent-ils eux aussi céder leur participation au regard de cette évaluation », s’interroge Philippe Grillot.

La chimère d’un pool d’actionnaires locaux pour relancer Saint-Ex ?
En 2011, la CCI de Lyon prenait la tête d’un pool d’investisseurs locaux avec dans leur ligne de mire le rachat d’une partie des actions de l’État dans la SA Aéroports de Lyon. « Les acteurs locaux représentent 40% de l’actionnariat, l’objectif était de reprendre 11% à l’État pour devenir majoritaires », rappelle Grillot. L’opération aurait été envisageable à l’époque. « Saint-Exupéry était alors valorisé à hauteur de 300 millions d’euros et les 11% à acquérir représentaient un investissement de 33 millions d’euros à répartir entre les acteurs locaux. » Selon la valorisation actuelle de l’outil aéroportuaire, il faudrait aux collectivités débourser près de 100 millions d’euros pour faire aboutir la manœuvre. « Avec un budget en baisse de 37%, je vois mal la CCI de Lyon mettre plus de 30 millions d’euros sur la table », tranche Grillot. Dans une interview au magazine Acteurs de l’Économie, l’ancien président de la CCI Guy Mathiolon prône, lui, « un montage réunissant au capital des banquiers de la place – compte tenu des besoins de financement futurs de cette plateforme – des ETI, lyonnaises notamment, et les salariés. »

Les Chinois contre une ligne Lyon-Shangaï ?
C’est Toulouse Blagnac qui a essuyé les plâtres, l’État cédant 49,9% de sa participation au capital de l’aéroport à un consortium chinois. Un recours sera déposé vendredi devant le Conseil d’État par les élus écologistes de la Ville et de la Région, plusieurs syndicats et une association de riverains. Autant dire qu’au local, l’arrivée des Chinois est plutôt mal perçue. Du côté de deux des actionnaires d’Aéroports de Lyon, le Grand Lyon et la Région Rhône-Alpes, on ne ferme pas la porte à cette perspective pour Saint-Exupéry. Le président du Grand Lyon Gérard Collomb et le président de Région Jean-Jack Queyranne poussent dans ce sens avec comme contrepartie l’ouverture d’une ligne internationale Lyon-Shangaï. « Je n’y crois pas. Je vois mal les investisseurs chinois pousser Saint Exupéry alors qu’il ont annoncé vouloir faire de Toulouse un hub aéroportuaire de dimension européenne » , explique Grillot.

Le spectre d’Aéroports de Paris ?
Aéroports de Paris au capital d’Aéroports de Lyon ? La rumeur enfle depuis 2011 lorsque le 1er ministre François Fillon avait déjà évoqué la possibilité pour l’État de céder ses parts dans les aéroports régionaux. Le spectre d’Aéroports de Paris faisait déjà trembler les acteurs locaux. « Soyons clairs, si Aéroports de Paris reprend la participation de l’État, Lyon Saint Exupéry est voué à devenir une annexe » , charge Grillot.  Comprendre que Paris monopolisera la desserte aérienne française et qu’il sera très difficile pour Aéroports de Lyon d’obtenir de nouveaux droits aériens pour l’ouverture de lignes, notamment à l’international.

Et si Vinci Airports faisait la maille ?
Concessionnaire-exploitant de dix aéroports français, dont ceux de Clermont, Grenoble et Chambéry, Vinci Airports pourrait-il être le juge de paix dans la cession des actions de l’Etat ? « Vinci Airports n’est pas intervenu dans la transaction toulousaine, peut-être se réservait-il pour Lyon Saint-Exupéry ? », veut croire Philippe Grillot. Pour le président de la CCI, Vinci est le seul opérateur capable de porter un projet commun avec les acteurs locaux pour développer la plateforme aéroportuaire lyonnaise. « Ils ont les moyens d’investir et c’est à mes yeux la meilleure option » , ajoute-t-il dans un appel du pied.

Philippe Grillot quittera la présidence de la CCI de Lyon le 9 janvier
La date a été choisie par Grillot. « L’Assemblée générale qui désignera mon successeur se déroulera le 9 janvier prochain », confirme-t-il. Pour ce dernier, aucun suspense en vue. « Emmanuel Imberton sera le candidat Medef/CGPME, c’est lui qui sera élu. »

L’association IFARI présentée le 14 janvier
C’est le nouveau challenge de Philippe Grillot. Les statuts de l’association déposés en préfecture du Rhône, le Club Initiative Franco Africaine et Relations Inter-métropolitaines (Ifari) a vu officiellement le jour le 3 juin dernier. Objet ? Développer des coopérations décentralisées avec les pays d’Afrique francophone sur les thèmes de la santé, de l’urbanisme, de la formation et de la citoyenneté. «  Je vais lancer publiquement la Club Ifari  aux côtés d’Alain Meirieux et du préfet Carenco (si toutefois ce dernier est toujours en poste à cette date – NDLR) le 14 janvier prochain » , glisse Philippe Grillot. Une date choisie sciemment. Le lendemain, la CCI de Lyon présentera ses vœux.