Par Agnès Guillaume

A la rentrée 2019, les petites sœurs de la Communauté de l’Agneau investiront le 124, rue Hénon à la Croix-Rousse. Rencontre avec des religieuses consacrées et portées par une vie sororale qui va droit au cœur.

Dans son dernier livre « L’Etranger qui vient », paru au Seuil en octobre, l’anthropologue Michel Agier s’interroge sur les vertus de l’hospitalité et analyse ses mutations, entre mouvements citoyens et politiques. Le 21 du même mois, les petites sœurs de la Communauté de l’Agneau vivaient un moment de bonheur en voyant le cardinal Barbarin bénir la première pierre de la chapelle du futur petit monastère « Lumière de l’Immaculée ». Sur leurs visages se lisaient la joie pour les actions déjà accomplies et l’espoir pour celles à venir.

Un ancrage lyonnais dont peu de personne est aujourd’hui au courant. Le début d’une histoire pour une dizaine de religieuses pour qui l’hospitalité est au cœur de l’Évangile. « On tiendra table ouverte une fois par semaine » explique sœur Priscille. « On a hâte d’entrer dans ce quotidien rythmé par les offices, les services, la formation, les repas et ce temps consacré à la mendicité et à la rencontre avec tous les hommes, croyants ou non, riches et pauvres ».

En attendant, les pages de l’histoire s’écrivent avec ses acteurs principaux et ses seconds rôles. Les petites sœurs s’émerveillent de l’élan collectif. « On est parfois sur la corde raide, mais la providence nous accompagne comme lors de la bénédiction de la première pierre ». Un parterre de personnalités et de croyants, une météo clémente, un buffet accueillant, une communion palpable. Un prêtre se réjouit : « Une Église qui bâtit est une Église vivante ». Le diocèse a mis à leur disposition un terrain de 1100 m2 sur l’emplacement de l’ancien presbytère de l’église Sainte Élisabeth. Le permis de construire obtenu en 2017, l’arbre classé préservé, les travaux ont débuté au printemps.

Et l’architecte Jean-François Grange-Chavanis de rebondir sur les propos du Cardinal : « On aura besoin de toutes les bonnes volontés pour réussir l’atterrissage de la Jérusalem Céleste ici ». Les entreprises ont accepté de jouer le jeu pour tenir des devis serrés et 900 donateurs sont déjà identifiés. Des jeunes gens participent même à des ateliers animés par les sœurs et les frères pour construire le mobilier. « Sans eux, rien ne serait possible ».

C’est d’ailleurs l’un des frères, Christophe, qui a dessiné le monastère. Celui de Lyon sera le onzième avec le même cahier des charges. Une maison de Dieu volontairement de petite dimension, avec des bâtiments beaux dans leur simplicité et de plain-pied, l’omniprésence du bois, des murs blancs et la lumière en habit divin. Le monastère réunira une chapelle, un cloitre, un réfectoire, des cellules, une bibliothèque et un oratoire.

Qui sont-elles ?

La Communauté de l’Agneau appartient à la famille dominicaine. Elle est présente dans huit pays, sur trois continents, et rassemble 170 petites sœurs et une trentaine de petits frères dont la langue d’usage est le français. Ce qui frappe immédiatement c’est leur jeunesse, et au fil de la rencontre, cette bienveillance dans le regard et cette tendresse dans la parole qui donne sa chance. Elles évoquent leur vie contemplative et missionnaire citant leur devise « Blessée, je ne cesserai jamais d’aimer ».

Fondée en 1983, la communauté s’installe à Lyon six ans plus tard à l’appel du cardinal Albert Decourtray, puis part sur des chantiers lointains. En 2013, le cardinal Philippe Barbarin les invite à nouveau à « promener leur habit dans les rues pour que les gens sachent que Dieu existe ». Ordre mendiant, les religieuses frappent aux portes des maisons et des cœurs. Elles n’hésitent pas à se déplacer en stop et souvent la parole se libère. « Les conducteurs nous confient leurs soucis, leur tristesse, leurs doutes et attentes ». La suite de l’histoire leur appartient. « Nous vivons dans un monde où tout va très vite. Où il faut être excellent, performant ».

« Le monastère est un lieu pour se reposer. Dieu nous y attend comme on est, là où on en est. Les murs et la vie fraternelle offrent une parenthèse sur la ville pour faire silence, être en vérité, et écouter le profond de notre cœur. Les personnes qui poussent la porte ont besoin de vérifier et de faire l’expérience de l’amour vrai dans la paix ». Avec ces mots, chacun a désormais les plans pour comprendre et anticiper le résultat.

*30 % du budget reste à boucler. Pour participer :www.communautedelagneau.org. – Tel 04 78 27 86 52.
**Tous les samedis, journée menuiserie pour construire le mobilier