Photo © Fabrice Schiff

Par Baudouin Wisselmann

Véritable missionnaire de BioMérieux, Pascal Vincelot sert le groupe lyonnais depuis près de 30 ans. Une idylle qui l’aura emmené d’un bout à l’autre du monde, d’un sommet à l’autre des relations Lyon-Chine.

Pharmacien biologiste de formation, spécialisé dans les maladies tropicales, sa carrière se tourne immédiatement vers de plus chauds horizons que sa région native, la Touraine. C’est à Dakar qu’il effectue son service national en tant que VIE en infectiologie. Assurant, à son retour, des remplacements d’officines dans Paris, il postule pour un projet au Brésil où BioMérieux cherche à monter un laboratoire. Un rêve qui va se réaliser. Refusé une première fois, il est recontacté quatre mois plus tard, et malgré des conditions drastiques, Pascal signe : il n’est pas autorisé à se rendre sur place avant sa prise de fonction et sa rémunération est revue à la baisse. Sa conjointe, aujourd’hui son épouse, qui apprenait alors l’espagnol, accepte de passer au cours de portugais et d’aller poser ses valises dans un Brésil alors en développement et particulièrement dangereux. Depuis son entrée dans le groupe, il revendique le « droit du sang » : « je me sens complètement Lyonnais de cœur, même si je n’ai jamais longtemps travaillé à Lyon, ni en France d’ailleurs, je suis Lyonnais par BioMérieux ». Après 6 mois de formation à Lyon, le voilà parti pour Rio où il s’adonne à la recherche pendant un an et demi. Reconverti en directeur commercial suite à un départ précipité, il reçoit pour tâche d’établir des filiales en Amérique latine, et elle sera remplie avec succès. A tel point qu’en 1993, la même mission lui est confiée pour les pays d’Europe de l’Est, le rapatriant donc à Lyon ; il va y connaitre un séjour mouvementé par des voyages permanents et une vie familiale rendue très compliquée. Trois années passent quand Pascal, inspiré par l’émergence de l’Inde, réussit à convaincre ses supérieurs de se rendre sur place en repérage. Avec femme et enfants, c’est à Delhi qu’il met un premier pied en Asie. Il sera aspiré tout entier. Parti pour un an, il y restera 7 autres piges, stabilisant sa vie conjugale et accueillant un troisième enfant.

 Au plus haut niveau de l’Etat

En 2004 il est appelé à prendre la tête de BioMérieux Asie-Pacifique dont le siège devait alors passer de Hong Kong à Shanghai. Un départ qui vient à point nommé pour les petits Vincelot qui craignaient de devoir changer de système scolaire, étant donné que l’école française de Delhi s’achevait après la seconde. L’excellence du lycée de Shanghai, leur aura donné « un argument de poids pour le post-bac mais aussi un gout de l’effort très chinois » nous explique leur père, satisfait. Rappelons que Paul Berliet, beau-père d’Alain Mérieux était très investi dans les programmes de l’institut France-Chine, et son père Marius, avant lui, si bien que Zhou Enlai ou Deng Xiaoping passeront par les usines du groupe. Une expérience que retiendront les apparatchiks, en témoigne le pèlerinage à Lyon de Deng Xiaoping en 1975, qui sonnait le gong d’une nouvelle ère des relations Lyon-Chine. Paul Berliet poussa son gendre à investir en Chine, et Alain Mérieux put y bénéficier de toute la considération des dirigeants chinois. Pascal Vincelot n’a alors pas hésité bien longtemps : « quand j’ai reçu cette proposition, j’ai sauté de joie, je savais que BioMérieux était très proche du gouvernement, ce qui allait m’ouvrir un large champ des possibles ». Le Tourangeau avait vu juste. Très vite, il en vient à côtoyer des réseaux d’influence, à noter celui du clan des Shanghaiens, (groupement politique au sein du parti) qui lui présentent en 2004 à l’occasion d’un diner au sommet, un homme resté discret, et qui deviendra 8 ans plus tard président de la Chine, Xi Jinping. En 2007, avant même d’être officialisé ministre de la Santé, Chen Zu, en tant que francophone et francophile, convie Alain Mérieux et Pascal Vincelot pour leur présenter son ambitieux plan de réforme d’une Chine encore très en retard médicalement. Lyon est honorée à son tour en 2014 ; choisie à titre privé par Xi Jinping, brisant alors le protocole, comme première étape de son voyage en France. Chapitre au cours duquel notre interlocuteur se mue en véritable diplomate entre le Quai d’Orsay et le cabinet du président chinois.