Photos © Fabrice Schiff

Par Baudouin Wisselmann

Nous avons rendez-vous à 7h30 sur Wonding Lu devant le fameux Café des Stagiaires, son bar préféré. La destination nous est inconnue mais Loïc Guirao nous a promis la plus belle vue de Shanghai. Il ne nous a pas trompés.

Après 15 minutes de taxi, nous grimpons 30 étages pour contempler la ville depuis un angle imprenable sur Pudong, le Manhattan chinois. Nous sommes en fait sur le toit de l’immeuble où se trouvait sa première collocation, terrasse sur laquelle Loïc nous avoue avoir passé de folles soirées. La ville et ses klaxons incessants se réveillent, nous avec, encore sourds de notre passage au MYST Club, nous faisons connaissance avec ce gaillard goguenard particulièrement sympathique. Natif de Montpellier, il arrive à Lyon en 2008 en master au CEFAM qui l’emmène découvrir San Diego, Pékin, Hong-Kong, mais il est finalement happé par Shanghai, son effervescence et les chances offertes aux jeunes. Il y rencontre le patron de Géodis Nicolas Tronel qu’il aborde sans complexe. « Je devais être le 20ème élève à lui demander sa carte et en riant je lui ai lancé, l’air de plaisanter, même si au fond j’étais très sérieux : « Retenez ma tête, dans un an je viens bosser pour vous ». Et il m’a répondu qu’il aimait mon approche et qu’il s’en souviendrait ». En M2 à l’IDRAC l’année suivante, Loïc prépare son insertion, jusqu’à un samedi de décembre 2010. Dégrisant, un appel de l’étranger le réveille au petit matin. C’est Géodis. Nicolas Tronel on the phone. Et de lui demander s’il est prêt à venir bosser à Shanghai. « Donnez-moi juste le temps de larguer ma copine, mon appart et de prendre mes billets » lui rétorque au pied levé Loïc. Des complications repoussent son arrivée en mars et une surprise l’attend… son lieu de travail est à une heure de route du centre-ville. A titre de consolation, il travaille avec de très grandes maisons : Hermès, Ritelle et LVMH. Deux ans et demi passent, l’ennui se fait sentir appuyé par la lassitude des allers-retours quotidiens qui l’exaspèrent, tandis que la revalorisation de son salaire est toujours dans les cartons. C’est alors qu’une entreprise basée en Indonésie fait appel à lui.

 Le mirage indonésien

Après 4 mois de négociations serrées, il finit par quitter Géodis pour Djakarta. L’histoire va durer une semaine. Le jour de son arrivée, après 10h de vol et sans le prévenir, son manager l’envoie directement assister à 5 heures de meetings avec différents partenaires. Il s’aperçoit là aussi qu’il aura encore 2 heures de trajet par jour, qu’on lui demande d’habiter 4 mois à l’hôtel et que l’entreprise ne tiendra pas ses promesses en termes de rémunération. Un canular. Loïc claque la porte. Lui et sa conjointe profitent quand même des lieux en y passant deux semaines de vacances avant de rentrer à Shanghai. Pendant un mois, Loïc va ratisser la ville et dénicher fin 2013 un poste chez le logisticien Dachser, toutefois sans grand rapport avec le précédent. C’est un premier challenge à relever auquel s’ajoutera vite un second : « Tout juste arrivé, j’ai fait une grosse erreur, un client que j’essayais de chasser m’a piégé, il m’a fait remplir une cotation avec un logo de Géodis. Une faute qui m’aurait valu un simple blâme en France, ici ils voulaient me virer, mais j’ai été défendu par mes dirigeants. Avec Djakarta, j’aurai vraiment passé une grosse année de m… ( rires ). » L’unique condition pour être sauvé, pragmatisme allemand oblige, réaliser en 6 mois les meilleurs résultats possibles. « Les crocs sur le bout de bois, j’ai tout donné et j’y suis arrivé, je remercie mes boss qui m’ont vraiment soutenu, deux types géniaux ». Loïc est donc maintenu et décroche même une promotion qui le met toutefois très mal à l’aise, il hérite du poste d’un de ses collègues et ami, que Dachser congédie. Ayant regagné l’entière confiance des dirigeants, Loïc et sa bien-aimée passent une année 2015 plus paisible, l’esprit libre pour envisager l’avenir : « Nous sommes ensemble depuis 5 années, mais étant Taiwanaise, ma belle-famille est imprégnée de la tradition, donc la question de notre mariage est encore en chantier. Concernant la venue d’un enfant… je me barre d’abord de Shanghai, je ne vois pas un gamin grandir ici » ( rires ).