Photo © Fabrice Schiff

Par Baudouin Wisselmann

A 38 ans, Alexis de Canck n’a jamais quitté l’école tant son parcours a toujours tourné autour de la question de l’Education. Originaire d’Ile-de-France, il devient professeur de ‘Français Langue Etrangère’ avec l’idée de voyager tout en enseignant sa langue maternelle.

Donnant des cours de langue à des étrangers, il en vient à s’interroger sur des concepts plus sociologiques comme la maison, la mi­gration ou l’identité culturelle. Il reprend alors les études en partant au Canada, le temps d’un master puis de travaux de recherche en sciences humaines et sociales dans les universités de Sherbrooke et de Laval. Il y expérimente le difficile paradoxe de la zone de confort, « cet espace émotionnel que l’on reconstruit partout où l’on va pour se sentir bien mais qui parfois nous maintient un peu à l’écart de ces autres que le voyage nous inviterait pourtant à rencontrer ». Il développe toutefois, aux travers de ses recherches en anthropologie, le sens de l’écoute, de l’observation et de la patience face à cet autre, l’inconnu. De retour à Paris, il est engagé par une école privée américaine, CEA Global Education, où il est chargé d’améliorer, avec ses compétences éducatives, l’expérience de jeunes américains en année sabbatique. Puis il intègre Campus France, l’agence nationale pour la promotion de l’enseignement supérieur français à l’étranger. Il y coordonne le réseau international, plus de 100 agents dans plus de 30 pays, et continue de travailler sur ces deux thèmes, qui lui paraissent essentiels à notre époque, l’Education et l’International. C’est finalement pour suivre sa compagne nommée à Shanghai qu’il reprend la route et découvre enfin l’Asie.

Faculté… d’adaptation

Devenu un temps « homme au foyer », Alexis est décidé à s’intégrer dans cet autre bout du monde dont il ne connait rien. Il prend des cours de Chinois à l’université JiaoTong et exploite sa passion pour le théâtre afin de reconstruire un réseau social. Avec près de 15 000 ressortissants fran­çais sur Shanghai, la communauté francophone est assez conséquente et relativement demandeuse d’événements en français. Et tandis que se reforme cette fameuse zone de confort, il retrouve une position dans la gestion de projets éducatifs internationaux au sein d’une grande université shanghaienne, l’Université Tongji. L’expérience est précieuse : travailler au sein d’une équipe chinoise, avec toutes les différences managériales que cela implique en terme d’objectifs stratégiques, de gestion du temps et des priorités, de relations entre collègues comme entre services, et plus largement lui permettant de comprendre le fonctionnement du monde de l’enseignement su­périeur et de la recherche chinoise. Fort de cette expérience et de sa connaissance du terrain, il obtient finalement le poste de représentant de l’Université de Lyon à Shanghai. Alors qu’il ne connait que très peu la région lyonnaise, c’est la Chine qui fait de lui un vrai Lyonnais ! « Avec ce poste, je suis 1 à 2 fois par an sur la région lyonnaise que j’ai véritablement appris à connaître et à apprécier. Non seulement pour la qualité de son cadre de vie, mais aussi pour cette volonté de décloisonner les mondes politiques, économiques et universitaires afin de produire toujours plus d’innovations.

Une seconde édition du festival de théâtre francophone

De l’aveu d’universitaires chinois, on ne retrouve pas ça à Shanghai, pas plus qu’à Paris. Trop grands, trop morcelés ». Sa mission : donner de la visibilité et assoir la renom­mée de l’Université de Lyon en tissant des liens localement avec des établissements, entreprises, laboratoires et institutions chinoises et françaises. Beaucoup de travail et de responsabilité mais qui ne l’empêcheront pas de se lancer de nouveaux défis personnels en parallèle. Ayant travaillé avec 3 troupes de théâtre différentes sur la ville, l’idée lui vient de leur proposer de mutualiser leurs moyens pour créer un festival francophone de théâtre de Shanghai. Projet abouti en 2015 et pari réussi avec le travail d’une équipe de passionnés et le dégagement de bénéfices reversés à des œuvres caritatives. Et déjà en préparation pour l’automne 2016 une seconde édition forcément encore plus forte : « Surveillez bien le FESTHEA, saison 2 ! », lance-t-il aux shanghaiens francophones.