gg-aux-halles Thierry Philip, Gérard Collomb et Marie-Odile effectuant une tournée triomphale aux Halles lors des vœux 2010. De l'histoire ancienne !

 

Par Julien Smati

 

Gérard Collomb aurait-il perdu l'appétit ? A-t-il envie de se voir servi une copieuse soupe à la grimace lors de ses prochaines courses aux Halles de Lyon ? Toujours est-il que sa dernière initiative (malheureuse) brouille encore un peu plus son image et suscite la colère de commerçants qui l'ont toujours accueilli à bras ouverts…

 

Climat de guerre froide entre Gérard Collomb, Marie-Odile Fondeur, son adjointe au Commerce, et l'Association des 58 commerçants des Halles de Lyon présidée par Yannis Rousseau. Imposés par la Ville de Lyon, le renouvellement des contrats de concession arrivés à terme (soit 33 boutiques) fait l'objet de tractations tendues avant le vote prévu au conseil municipal du 21 juin. Depuis le déclenchement des hostilités en mai 2010, la mairie centrale n'a reçu qu'une seule fois l'association et émis deux propositions de contrat. Mercredi 16 juin, arriva la troisième et dernière version des contrats proposés. Fin des négociations et état d'urgence déclaré ! La petite association sonne le branle-bas de combat pour organiser une rencontre avec la presse dès le lendemain. Dans l'urgence, Gérard Collomb décide d'avancer la date de sa conférence de presse pour la placer juste après celle des Halles ! Le dernier qui a parlé a toujours raison. Gégé prit aussi le soin d'envoyer une taupe (peu discrète en costume 3 pièces-cuisine et attaché case !) afin d'anticiper les questions des journalistes arrivant des halles. Son rapporteur lui fit un brief conséquent, engendrant un retard certain à sa conférence initialement prévue à 17h30.

 

Argument phare de la mairie centrale : Les concessions commerciales des halles doivent être réévaluées pour faire face à un déficit de 100 000 euros (source: association des commerçants des Halles). Un effort sur les loyers que les commerçants acceptent de consentir car il n'est pas acceptable de faire payer le contribuable à leur place. Des propositions de nouveaux loyers et contrats sont faites aux commerçants par la Ville de Lyon. La première offre établit une concession de 7 ans (au lieu des 15 ans habituels) à 219 euros par m2 et par an avec un renouvellement par appel d'offre, au lieu de la tacite reconduction traditionnelle. Cette option permettait de rétablir un équilibre financier mais posait un obstacle majeur aux investissements. « Avec une vue sur sept ou dix ans, un renouvellement non garanti et aucune propriété commerciale, les banques ne peuvent adhérer aux projets des actuels ou futurs entrepreneurs » assure Yannis Rousseau, président de l'association des commerçants. Gérard Collomb ferme les yeux sur ce point pourtant crucial pour les entrepreneurs en déclarant que ce problème de banque ne le concerne pas et évoque seulement sa « mission » de mettre au diapason juridique l'ensemble des halles… Claude Polidori, ancien président de l'association des commerçants, soulève le problème de la dévalorisation des boutiques avec le système de l'appel d'offre. Les locataires entrent dans une précarité certaine et n'ont aucune garantie de conserver leur commerce. Le cahier des charges est établi par la ville pour le successeur. La peur du favoritisme est bien présente.

 

Gérard Collomb refuse de garantir les transmissions de père en fils, qui ont pourtant constitué l'esprit et la pérennité des halles. Le maire qui se dit soucieux des lois assure que la tacite reconduction est illégale et l'appel d'offre obligatoire. Un point juridique essentiel contesté par Claude Polidori: « Aucune juridiction n'impose l'appel d'offre, la ville est floue sur ce point ». « De nombreuses procédures juridiques légales peuvent être mises en place sans appel d'offre » confie Arnaud Languille (Clostan), le traiteur de l'Elysée et du Conseil d'Etat, « ces nouvelles dispositions sont défavorables au bon développement des halles ». « Pourquoi investir dans ces conditions ? » lance le MOF Etienne Boissy qui envisageait de rénover la Fromagerie Maréchal qu'il a repris récemment. Alain Cellerier a également décidé de geler les projets de modernisation de ses boutiques. Aucune raison d'investir avec de tels contrats et l'heure est à l'inquiétude. « Avec ces contrats, nos commerces n'auront plus de valeurs dans quelques années » renchérit Franck Berthet, nouvel associé de Chez Antonin, « nous en serons réduits à faire de la quantité au détriment de la qualité et de l'investissement. » « Au lieu de chercher l'excellence, nous servirons des moules frites avec du mauvais vin aux étrangers », s'agace Eric Giraud, cogérant de Chez Antonin. « La beauté des Halles vient des investissements réalisés dans l'agencement de nos boutiques » continue Franck. « Nous sommes le troisième lieu le plus visité de Lyon et notre renommée gastronomique dépasse les frontières ». « La mairie n'a toujours pas compris le fonctionnement d'une entreprise » s'exaspère Gilbert Vincent des Garçons Bouchers. « Ils scrutent les chiffres d'affaires mais jamais les charges, les investissements ou les bénéfices ! »

 

La deuxième proposition de la ville offrait une durée de dix ans avec un loyer de 350 euros/m2. Une augmentation de 131 euros par m2 par rapport à la première offre, soit 150% pour certains. Dernier acte : la formule retenue, sans consultation, fut envoyée ce 16 juin par communiqué municipal. Il s'agit d'une concession de 10 ans, 270 euros/m2 et procédure d'appels d'offre pour le renouvellement. Claude Polidori s'étonne de cette valse de chiffres (de 219 à 350 euros) censés répondre au même objectif: couvrir les frais. Gérard Collomb trouve cette variation financière tout à fait logique puisqu'elle suit, selon lui, la durée des concessions: « plus la concession dure, plus son prix augmente, c'est normal ! » nous dit-il avec le sourire ! Les frais à couvrir augmentent-ils avec la durée ou est-ce une manière de palier à la disparition prochaine de la taxe professionnelle ?

 

Ces augmentations de loyer coïncident hélas avec les travaux de la tour Incity puis le réaménagement de la rue Garibaldi. Des années de travaux pour une perte annoncée de chiffre d'affaires. N'oublions pas les graves erreurs du passé avec la délocalisation des Halles en 1971 et la destruction de la magnifique halle des Cordeliers au profit du béton. L'histoire du quartier Grolée ne doit pas recommencer car elle serait sans doute fatale à la vitrine de la gastronomie lyonnaise. Alain Cellerier et Claude Polidori avaient demandé il y a longtemps la possibilité de reprendre la gestion des halles, la mairie s'y était toujours opposée. Gérard Collomb trouve aujourd'hui l'option envisageable, sous réserve de vente des murs et des fonds, sous forme de Groupement d'Intérêt Publique. Encore faudrait-il savoir à quel prix la mairie accepterait de céder l'ensemble ayant une forte valeur immobilière. Après la nuit lyonnaise, c'est donc au tour des halles de Lyon d'entrer en résistance contre le maire de Lyon. Un maire que ces deux secteurs professionnels ont pourtant largement contribué à réélire en 2008. Entre deux petits tours à Paris, Gégé perd peu à peu contact avec les réalités lyonnaises dont il tirait jusqu'à présent un avantage certain.