Par Morgan Couturier

Avec 30 000 Kiwi box écoulées dès la première année, Guillaume Guttin et sa société Charging Phone ont réussi le pari de l’industrialisation de ces bornes de recharge pour smartphones. Son développement implique une nouvelle levée de fonds et un positionnement tourné vers l’international.

Le quart d’heure lyonnais est une notion toujours utile lorsque survient la désagréable sensation de retard. Guillaume Guttin n’est pas de ce pain là. Quand quelques minutes viennent à lui échapper, il impute ce retard à un ingénieux concept, germé le temps du trajet. Avec en filigrane, cette incorrigible envie de développer des supports de communication. En ce jour, les selles de vélo font le siège de son imagination débordante, avant de se recentrer sur l’objet de notre visite : « je suis à 300% sur Kiwi Box », assure le fondateur de Charging Phone. « Il faut jeter beaucoup de bouteilles à la mer pour réussir », dit-il. Avec près d’un milliard de téléphones vendus sur la seule année 2016, « on est sur un marché porteur, avec un besoin de recharge devenu vital », présente-t-il, sans oublier de préciser que son idée première était d’occuper les salles d’attente de publicités en tout genre. Les refus systématiques l’ont contraint de changer de fusil d’épaule. « Il fallait créer non pas un support d’affichage, mais offrir un service, qui soit utile voire vital et surtout, universel. Je me suis dit, quoi de mieux que la recharge de smartphone dans un endroit où on passe plus de temps qu’avec son médecin », analyse-t-il à posteriori. L’idée est lumineuse, à tout point de vue. Personnalisables à l’infini, ces boitiers trouvent écho auprès des clients, avant de poursuivre leur success-story de l’autre côté de l’Atlantique, au pays de la roulette et du poker. Guillaume Guttin y propulse sa société parmi les 5 meilleures start-ups du CES de Las Vegas. Un accélérateur de vie. Les admirateurs se bousculent. Parmi eux, quelques noms prestigieux : Xavier Niel, fondateur de d’Iliad/Free ou Jacques-Antoine Granjon, fondateur de vente-privée (photo). Le duo, rompu aux dernières technologies, finit par succomber devant ces têtes rechargeables.

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« Ils ont apporté l’écosystème qui gravite autour des startups et des télécoms ainsi qu’une notoriété auprès de nos distributeurs. Notre rayonnement a tout de suite été plus grand ».  30 000 bornes trouvent preneurs dès la première année d’exploitation, grâce à un réseau de 200 distributeurs, implantés dans 25 pays. « En termes d’objectif, on est plutôt sur le bas de la fourchette, mais entre temps, on a sorti d’autres produits », se défend-t-il. Parmi eux, un modèle à induction ou encore la sortie programmée d’une box avec Wifi intégrée, quand la commercialisation d’une tête de recharge pour montre connectée trotte dans un coin de sa tête. « Cela va faire l’objet d’une levée de fonds d’un montant compris entre 3 et 5M€ », annonce Guillaume Guttin. La seconde phase du développement est à ce prix, alors que le premier semestre 2017 fait naître bien des promesses. « Sur cette période, on a déjà dépassé le nombre de bornes vendues en 2016. On espère atteindre les 500 000 bornes et les 20M€ de chiffre d’affaires d’ici 5 ans », poursuit-il. L’explosion des ventes sur internet donne le la. Mais l’essor des Kiwi Box passe irrémédiablement par la grande distribution. Et comme à Las Vegas, Charging Phone débarque en territoires conquis. Après Brightstarr, géant américain de la fabrication d’accessoires mobiles, la start-up lyonnaise vient alimenter les rayons de Saco (l’enseigne a commandé 25 500 bornes, ndlr), l’équivalent de Darty/FNAC au Moyen-Orient. Plus à l’Ouest, la Kiwi Box devrait se propager dans l’Hexagone d’ici 2018. Dans une déclinaison de la box présidentielle, aménagée pour le président de la République ? La photo officielle n’a pas permis de la distinguer. Mais aux côtés des Nourritures terrestres d’André Gide et le rouge et le noir de Stendhal, la Kiwi Box a déjà fait son trou.