Par Morgan Couturier

« Faire du froid dans un meuble, ce n’est pas toujours facile ». Vingt-cinq ans après avoir créé sa société éponyme, Noël Marrel garde son sang-froid, même devant les projets les plus fous.

La technique comme seul plafond de verre, l’entreprise rhônalpine se méprend rarement sur les rêves de ses clients. « Les gens savent que s’ils ont besoin d’un meuble spécial sur-mesure, ils vont trouver la réponse chez nous », vante le président, passé maître dans l’art de la réfrigération au côté des rois de la restauration rapide. S’il continue d’écouler des chambres froides pour le compte de cette cuisine d’un autre genre, ou même d’édifier des cuisines au beau milieu de ces chambres polaires, Noel Marrel dessine sa renommée au gré de ses meubles frigorifiques. Une spécificité entamée au tournant des années 2000, quand ce fin gastronome eut la bonne idée d’investir dans une usine de fabrication caladoise. « De là est partie l’idée de se spécialiser. Depuis, nous essayons de répondre à tous les rêves de nos clients. Quand on maîtrise bien la technique du froid, le reste, c’est de la volonté. Il faut un grain de folie pour accepter des projets qui paraissent impossibles et avoir cet esprit créateur afin d’imaginer ce qu’il y a dans la tête de nos clients. Quand ils sont exigeants, par rapport à leur image, il faut réussir à capter leurs rêves ». C’est ainsi que de véritables travaux d’orfèvre fleurissent chaque jour du bureau d’études de Civrieux d’Azergues, où naissent en deux temps trois mouvements caves de maturation et autres caves d’affinage pour fromages (Marrel s’impose dix semaines de délai maximum entre l’étude et la fabrication, ndlr). Des produits rendus célèbres auprès des brasseries parisiennes, premiers clients à s’amouracher pour ces vitrines de verres à l’intérieur desquelles resplendissent à la lumière du jour, de savoureuses portions de viandes. Les services sanitaires n’ont rien trouvé à redire et l’aide bienveillante de la société Bigard a entériné la success-story de ces meubles haut de gamme.

Des projets hors norme à Dubaï et en Belgique

« Ils ont apporté leur savoir-faire, une certaine confiance dans le produit », précise Noel Marrel. Depuis, les plus grands chefs se bousculent pour agrémenter leur établissement de ces mobiliers. « Visuellement, c’est appétissant, certifie Frédéric Desmurs, chef exécutif de Georges Blanc, conquis par la cave de maturation installée en mai dernier. La viande garde la même saveur, tout en s’attendrissant ». À Lyon, Voisin, l’Argot et la moitié des Halles ont cédé devant l’expertise de la maison Marrel. De même que leurs homologues parisiens, Pierre Hermé, Yannick Alleno et Alain Ducasse, le chef triplement étoilé ayant le bonheur d’incruster une magnifique chambre froide en cuivre dans la verrière de son restaurant Le Jules Verne. « L’enseigne Marrel est connue dans la profession. Nous sommes de plus en plus consultés en amont », poursuit le dirigeant de la société aux 8 millions d’euros de chiffre d’affaires  annuel. Un bilan comptable boosté par les projets de grande ampleur. La cave d’affinage titanesque (4 mètres de long), bâtie pour le compte de Monoprix au Qatar, ou ce réceptif pour caviar, complètement ouvert, installé en Belgique, ont scellé la popularité de la marque. « Le résultat esthétique, nous y arrivons quasiment toujours, à condition que la technique puisse être intégrée, conclut cet homme d’affaires expérimenté. C’est pour ça qu’il faut un bureau d’études performant ». Avec de telles armes, Noël Marrel est en mesure de souffler le chaud. Et le froid à plus forte raison.