video6 Photo © Fabrice Schiff

 

Par Marc Polisson

 

C'est la fin d'une époque. Le vidéoclub le plus prisé par la belle clientèle lyonnaise va fermer ses portes en janvier 2010. Après 27 ans de présence place Lyautey, Joseph Turzo s'apprête à tirer le rideau. Nous lui tirons notre chapeau.

 

Un signe qui ne trompe pas. Depuis trois ans, le vidéoclub n'ouvrait plus en matinée, sauf le mercredi. Le DVD, la vidéo à la demande et Internet ont sonné le glas de cette activité qui a connu ses heures de gloire dans les années 80 et 90. Flashback. C'est en 1982 que Joseph Turzio, alors commercial, et ses amis d'enfance Charles et Edouard se lancent dans cette activité balbutiante qu'est la location de K7 vidéo. Un petit local de 30m2 à côté du Lyautey (aujourd'hui Café du Pond) accueille les compères mais l'affaire prend rapidement de l'ampleur, contraignant le trio à déménager dans un 100m2 qu'il occupe encore pour quelques jours. L'embellie que connaît leur business est ponctuée de soubresauts technico-administratifs comme le coup d'arrêt aux importations de magnétoscopes ou la guerre des formats entre V2000, Betamax et la VHS. A cette époque, la vidéo est considérée comme un produit de luxe et « bénéficie » d'un taux de TVA à 33%. « Ça n'a pas été tout le temps un long fleuve tranquille ! » souligne Joseph, attablé au Grand Café de Genève. D'autant que les années 90 vont rimer avec explosion du marché. Les chaines de franchisés comme Vidéo Futur envahissent la ville. « Entre 1990 et 2000, on a compté plus d'une centaine de vidéoclubs sur Lyon. Aujourd'hui, il n'en reste qu'une dizaine ».

 

Dans la jungle de l'époque, Vidéo 6 tire allègrement son épingle du jeu. « Je travaillais comme un libraire et restais à l'écoute de mes clients. » En 27 ans, Joseph, le confident, aura confessé trois générations : grands-parents, parents et enfants… Une fidélité qui se manifestait dans son paroxysme certains samedis où 500 films trouvaient loueurs pour le week-end. L'arrivée du nouveau millénaire et du DVD a boosté le marché de façon éphémère. Le produit s'est vite banalisé et les prix de vente ont plongé. Les nouveaux modes de consommation ? Très peu pour lui. « Avant, tu travaillais un film sur 2-3 ans. Maintenant, en six mois, il est has been ! » Internet a achevé le travail de sape avec le téléchargement. Le déclin s'est ensuite amorcé. Inexorable. A 58 ans, Joseph a décidé de céder sa boutique. Soulagé, et un peu triste, même s'il se défend de toute nostalgie. Dans un premier temps, il compte voyager. Peut-être du côté de Sannicandro, ce petit village des Pouilles où il né. Pudique et réservé, il dissimule ses yeux embués derrière ses lunettes, dit vouloir prendre le temps. Avant de passer le relais au chausseur Delpol qui a racheté les locaux pour y implanter sa 8ème boutique lyonnaise, le rideau de Vidéo 6 tombera définitivement le samedi 9 janvier 2010. Jour de dernière séance, comme dans « Cinéma Paradiso », l'un de ses films préférés.

 

 

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