La tribune libre de Justin Calixte

C’est Marco qui m’a fait découvrir l’Ermitage au Mont Cindre il y a une bonne dizaine d’années. Il venait d’ouvrir. Le lieu était moderne et élégant, la vue sur les Monts d’Or, magnifique.

J’y suis retourné quelques fois même si le service laissait à désirer. Une lenteur inexplicable, une incompréhension du personnel inimaginable, doublée d’une forme d’insolence inconsciente rarement vue. Mais bon, le lieu est beau, la cuisine apparemment ambitieuse quoique souvent décevante. Il fallait lui laisser sa chance. Et puis un jour, trop ce fut trop. Je décidai de ne plus y remettre les pieds. Le foutage de gueule a ses limites. Surtout que juste à côté « Là-haut sur la colline » où sévissaient Stéphane et Denis était un vrai bonheur. Ambiance, cadre insolite et cuisine excellente.
Et mardi soir, allez savoir pourquoi, la femme de ma vie me propose de retourner à l’Ermitage.
– Ah non !
– Ça a peut-être changé.
– Bon, si tu veux.
Au téléphone on nous signale qu’on n’aurait pas une table avec vue mais sous les marronniers. Bon d’accord !
En réalité, nous nous retrouvâmes dans le coin d’une coursive surmontée d’un store étouffant, avec vue sur la cuisine. Ça commençait mal. Surtout que la table structurellement branlante, n’arrangeait pas les choses.
Un serveur arriva au bout d’1/4 d’heure pour nous proposer un apéritif. Le cœur n’y était pas, je lui dis que nous nous contenterions de vin.
Il revient 10 minutes plus tard avec la carte.
Ici la formule est originale. 3 entrées imposées, 1 plat à choisir entre 3 options, 3 desserts obligatoires. 34,50€. Ce n’est pas donné quand on voit la gueule des entrées et des desserts.
Un nouveau serveur arrive, nous explique l’originalité de la formule et nous demande si nous sommes allergiques à quelque chose ; bon point ! Je lui indique que je ne mange pas de fromage. Il note consciencieusement.

1/4 heure après, arrivée des entrées. Les 6 portions tiennent sur une petite assiette : une madeleine aux olives sans le moindre goût d’olive, une chiffonnade de jambon à la truffe, et une cuillère de tzatziki (à base de fromage blanc, tiens tiens ?!). Le tout accompagné d’une laitue cuite dans sa vinaigrette. En 3 minutes, tout est avalé sauf bien sûr le fromage blanc.
25 minutes plus tard, arrivée d’un nouveau serveur. « Vous avez terminé ? »
– oui, depuis 25 minutes !
Bigard lui aurait sans doute demandé si l’on devait manger l’assiette…
10 mn après, arrivée d’un filet mignon de porc tiédasse (je le fais remporter, il me revient 5 mn après, toujours froid). Impossible à couper dans une assiette creuse et avec un couteau mal aiguisé. Le saumon quant à lui est trop cuit et froid à la fois.

Nous aurions dû partir mais l’idée de faire de ce désastre, une chronique sur Lyonpeople.com me titille. Nous restons.

10 mn plus tard, la « farandole » de desserts est sous nos yeux. On ne rit pas !!! Un mini gâteau meringué, un dé de soupe de fraises, un petit verre de panacotta (impossible à manger pour un fromageophobe) aux abricots. Je me suis contenté de la mini meringue. Tout ça pour une centaine d’euros. (Je crois que je vais envoyer la note à Marco).
En sortant, nous passons devant un panneau publicitaire vantant la « cuisine-à-manger » (sic) de l’Ermitage. J’explose : il ferait mieux d’écrire « cuisine-à-jeter ».
Un couple d’Alsaciens nous interpelle : « Vous aussi, vous en venez ? »
L’homme est dans l’hôtellerie depuis 30 ans. Il n’en revient pas. Il n’a jamais vu pareil amateurisme. Il est encore plus véhément que moi.
Voilà qui me rassure, j’avais peur d’être injuste.
Comment un restaurant, dont seule la déco est réussie, qui était nul il y a 10 ans et qui est encore pire aujourd’hui, réussit-il à être bourré à craquer ?
Je ne vois que deux explications : la bêtise des bobos est incommensurable à moins que la clientèle ne soit composée exclusivement d’Alsaciens ou autres qui repartent de Lyon en se demandant si notre réputation en matière gastronomique est parfaitement justifiée.

Mauvaise nouvelle ! Le propriétaire de l’Ermitage vient de racheter son restaurant voisin <là-haut sur la colline>. Il va falloir que je déménage !