chapel Photo©Fabrice Schiff

 

 

Par Alain Vollerin

 

A 15 minutes de Lyon par l'autoroute, à Mionnay, la sérénité et la volupté vous attendent pour vous permettre de rompre avec les contraintes de notre société trop exigeante. Alain Chapel portait une haute idée de la vie et des êtres humains.

 

C'était un esthète, un amateur d'art et d'objets de qualité qu'il savait choisir pour leur aptitude à ennoblir sa demeure qui sera peut-être un jour la vôtre, car ici, on dispose d'une douzaine de chambres toutes harmonieusement décorées par son épouse Suzanne Chapel qui administre avec beaucoup de sensibilité ce lieu unique, depuis la brutale disparition d'Alain Chapel, en 1990. Figurant parmi la sélection des Relais et Châteaux (Grands Chefs), cette architecture monacale supervisée à sa conception par Marie-Claude Badin est propice au recueillement culinaire. Nous sommes un peu comme dans un couvent, un lieu de prières contemporain où s'étire la confortable terrasse. On ne peut ne pas penser à Le Corbusier, et au couvent de la Tourette. Le béton pur, admirable matériau de prédilection des plus vrais cherchants du XXe siècle de Tony Garnier à Oscar Niemeyer, est désormais couvert d'une réjouissante floraison verdoyante, mais aussi heureusement colorée. Des voûtes inspirées entourent un point d'eau, une image apaisante dans un climat très XVIIIe. On se croirait au cœur d'une toile du romantique Fleury Richard, comme on peut en voir au musée des beaux-arts de Lyon. Alain Chapel fut formé chez Point, chez Vettard, chez Jean Vignard. Il avait une renommée, mieux une aura qui continue à protéger sa maison complétée par la volonté d'un chef émérite et modeste, Philippe Jousse qui forme avec Suzanne Chapel un équipage déterminé et talentueux.

 

Suzanne Chapel aime le bleu : c'est dans ce camaïeu qu'elle a décoré un petit salon où elle reçoit ses amis. Les tableaux sur les murs comptent parmi ce que l'Ecole lyonnaise a produit de plus estimable : Etienne Morillon, Léon Garraud, le trop oublié Louis Paviot, etc. Dans ce cadre étudié, deux macarons au Michelin, vous percevrez en toute simplicité les sensations gustatives les plus élaborées. Philippe Jousse est très injustement méconnu des gastronomes lyonnais. Jamais, dans sa cuisine, la création ne prend le pas sur la rigueur de la réalisation. Rien de mou, ni de flou. Tout le discours de Philippe Jousse est limpide et cohérent. Philippe Jousse sait où sont les tendances, mais il se maintient à un niveau supérieur par la force de son indépendance dans la plus totale discrétion. Même s'il fait partie des Toques Blanches en compagnie de Christophe Marguin, de Mathieu Viannay, d'Alex Tournadre, de Laurent Rigal, et de Laurent Bouvier, il apprécie le silence studieux de Mionnay. Quelques conseils, parmi la très riche carte des vins présentée par un vrai passionné, Christophe Equille. Je vous recommande, en blanc, le Rully 2005 premier cru marissou mis en bouteille par Christophe Grandmougin ; pour le rouge, la mondeuse chère à mon ami Jean-Louis Manoa, de 2005 les Griots du domaine Monin. Le service est orchestré par un homme qui joue sa partition à la perfection, il s'agit de Vincent Michel. Je vous suggère en entrée l'éguillette de homard Nouvelle Ecosse au citron à l'huile de citron de Menton, crêpes de Sarrazin et petite salade d'herbes, et pour suivre dans le plaisir, la noisette d'agneau rôtie sur le carré, les ris en cannelloni de légumes et jeunes blettes de printemps, fromage blanc bien entendu de 150 gr. comme sur les meilleures tables. Pour votre dessert, les fraises au sucre sur un croustillant pistache, sauce yaourt parfumée à la cardamome verte et safran, et un sorbet à la menthe. Enfin soyez libres, retenez le temps qui nous emporte trop vivement, et transportez-vous chez Alain Chapel, aux frontières de notre heureuse cité. 

 

RD 1083 60, route de Bourg

01390 Mionnay

Tél. : 04 78 91 82 02